Lus

Dimanche 3 juin 2007 7 03 /06 /2007 21:29

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Ne vous fiez pas à l’ignoble couverture de Juanalberto Dessinator : Roosevelt s’inscrit avec ce livre dans la voie encore peu fréquentée des BD théoriques ou des essais graphiques. On pense souvent à le lire à L’Art invisible de Scott McCloud – et pas à Sfar et à ses carnets qui, désolé, ne sont pas de la pensée, non, même pas de la BD, mais des carnets, c'est-à-dire le genre d’écrit relégué habituellement à la fin des œuvres complètes d’un écrivain ; Baudelaire aurait-il connu la gloire avec le seul Mon Cœur mis à nu ?
Roosevelt met en scène son héros Juanlaberto en jeune dessinateur de BD qui fait son apprentissage face à l’éditeur Delduck, portrait peu flatteur de Guy Delcourt qui trouve quand même la bonne grâce de préfacer l’album. Delduck est polymorphe : sa tête de canard évolue selon le style de BD qu’il conseille au jeune héros d’adopter. Tour à tour Picsou, Canardo, Herbert duc de Vaucanson, il vante les mérites de l’aventure, des frissons bon marché ou de l’érotisme sur le marché des bulles. « Essayez- vous à un récit d’aventure bien en accord avec nos traditions ! Un périple par des contrées mal connues, une chasse à un trésor enfoui dans les brumes du passé, le danger à chaque coin de page… » On croirait lire la quatrième de couverture d’une mauvaise BD. Évidemment, il ne s’agit pas d’être original, mais vendeur. Roosevelt livre une réflexion très amère sur l’état de l’édition de la BD aujourd’hui : seul secteur à surnager dans le marasme de l’édition, la BD a gagné ses titres de noblesse dans les libraires, mais le 9e art n’est plus un art : « Tant d’années d’effort pour faire entrer la bande dessinée au Panthéon, pour comprendre à la fin que le public se fout allègrement de ça. » Pour Roosevelt, il vaudrait mieux en revenir aux fanzines mal considérés que de continuer selon ce système.
Dessinator
est un peu bancal, parfois, comme tout livre à message ; ainsi des scènes didactiques avec Anatole Alphapage, porte-parole de l’auteur qui défend une version archaïque de l’économie de l’édition. Les planches de Juanalberto, qui ponctuent l’action en suivant les conseils de Delduck, pourraient être drôles, mais la parodie s’essouffle un peu.

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Dimanche 27 mai 2007 7 27 /05 /2007 22:41

Pour contredire immédiatement le sérieux du Linteau, je reviens sur deux bandes dessinées lues dernièrement.
Le Chat du kimono de Nancy Peña (La boîte à bulles, 2007, 16 €), repérée avec Le Cabinet chinois, suivie dans la Guilde de la mer. Son dessin ne fait que s’affirmer ; les mains tordues de ses premiers personnages ont pris forme, le noir et blanc emprunte ses contrastes aux illustrateurs de la fin du XIXe siècle, Toulouse-Lautrec et Bonnard en tête.
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Au niveau du scénario, Nancy Peña se révèle maîtresse dans les jeux de narration, les ellipses et les sous-entendus, ce qui est assez rare en bande dessinée pour être noté. Deux lignes principales se croisent : un chat tissé magiquement animé tente de retrouver le kimono qu’il ornait, tandis que Sherlock Holmes est sur la piste d’un criminel amateur de cartes ; les histoires s’entrecroisent par le biais de personnages secondaires qui n’apparaissent parfois qu’un chapitre : une petite Alice blonde tout droit sortie des romans de Carroll, à qui le chat apparaît sous les traits souriant que l’on connaît ; des marins ; la femme de Watson, qui veut un kimono ; et le tout est encadré par une sorte de légende japonaise expliquant l’origine du kimono et la triste histoire de sa maîtresse. Tout cela en cent pages, dans un format assez proche du manga (qui a dit : « de la manga » ?).
Et pour parler de manga, je lis Doron Chibimaru le petit ninja de Shigeru Sugiura (imho, 2007, 10,95 €). Le style très particulier de cette BD oscille entre les premiers comic strips et les estampes grotesques du Japon médiéval. Doron, personnage protéiforme flanqué d’acolytes tous plus biscornus les uns que les autres, combat pour la justice. Il se déplace à bord d’une espèce d’éléphant cyclope mécanique volant, à la recherche d’ennemis à défier : magiciens, grenouilles maléfiques, monstres de l’espace. La narration est volontairement archaïque, les combats sont à mourir de rire, mais les constantes métamorphoses des personnages réussissent quand même à distiller un sentiment très étrange.
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