Pour contredire immédiatement le sérieux du Linteau, je reviens sur deux bandes dessinées lues dernièrement.
Le Chat du kimono de Nancy Peña (La boîte à bulles, 2007, 16 €), repérée avec Le Cabinet chinois, suivie dans la Guilde de la mer. Son dessin
ne fait que s’affirmer ; les mains tordues de ses premiers personnages ont pris forme, le noir et blanc emprunte ses contrastes aux illustrateurs de la fin du XIXe siècle, Toulouse-Lautrec et
Bonnard en tête.
Au niveau du scénario, Nancy Peña se révèle maîtresse dans les jeux de narration, les ellipses et les sous-entendus, ce qui est assez rare en bande dessinée pour être noté. Deux lignes
principales se croisent : un chat tissé magiquement animé tente de retrouver le kimono qu’il ornait, tandis que Sherlock Holmes est sur la piste d’un criminel amateur de cartes ; les histoires
s’entrecroisent par le biais de personnages secondaires qui n’apparaissent parfois qu’un chapitre : une petite Alice blonde tout droit sortie des romans de Carroll, à qui le chat apparaît sous
les traits souriant que l’on connaît ; des marins ; la femme de Watson, qui veut un kimono ; et le tout est encadré par une sorte de légende japonaise expliquant l’origine du kimono et la triste
histoire de sa maîtresse. Tout cela en cent pages, dans un format assez proche du manga (qui a dit : « de la manga » ?).
Et pour parler de manga, je lis Doron Chibimaru le petit ninja de Shigeru Sugiura (imho, 2007, 10,95 €). Le style très particulier de cette BD oscille entre les premiers comic
strips et les estampes grotesques du Japon médiéval. Doron, personnage protéiforme flanqué d’acolytes tous plus biscornus les uns que les autres, combat pour la justice. Il se déplace à bord
d’une espèce d’éléphant cyclope mécanique volant, à la recherche d’ennemis à défier : magiciens, grenouilles maléfiques, monstres de l’espace. La narration est volontairement archaïque, les
combats sont à mourir de rire, mais les constantes métamorphoses des personnages réussissent quand même à distiller un sentiment très étrange.