J’ai un peu de mal à lire les enfants Tanner. La couverture, pour commencer, me gêne : je ne sais qui l’a choisie, mais les graphistes chez folio n’étaient pas inspirés ce
jour-là. Je ne retrouve rien de l’atmosphère du livre sur l’image qu’il arbore, et cela m’ennuie, car chaque fois que je le reprends en main, ce tableau de Hopper, Office at
Night, qui appartient clairement aux années 40, obsède mon regard. Ce bureau aux lumières abstraites, les regards ténébreux des personnages, suggèrent des développements en telle
inadéquation avec le livre que je dois faire effort pour ramener mon esprit à la juste tonalité pour apprécier le texte.
L’absence d’événements marquants dans le récit n’y aide pas. Walser parvient à créer des passages envoûtants – le début est très dérangeant ; la découverte d’un cadavre de poète avec son carnet
congelé dans la poche, l’éloge de la campagne que fait Simon, l’un des enfants Tanner, sont des instants de lecture étonnants. Mais je peine à me concentrer sur le reste, sur les relations de ces
personnages aux sous-entendus si fins, sur ces sentiments aux nuances si ténues. Mon esprit vagabonde. Je n’ai pas encore saisi de quoi il est question – et cette ambiguïté m’égare.
Quant à la référence constante à Kafka, que tous les critiques ont aux lèvres (« Kafka n’aurait pas écrit de la même façon sans Walser », etc., etc.), je la trouve bien moins juste que le renvoi
à Musil. Oui, il y a de l’Homme sans qualités dans Simon, dans ses discussions philosophiques, dans le rapport étrange qu’il noue avec sa sœur. Je réserve mon jugement pour plus
tard.
Et bravo pour votre blog, au fait...
J'ai mis votre blog dans les liens.
Ah oui, Bartleby faisait partie du titre! Je corrige...
Le livre de Bayard, malheureusement, partait d'une bonne idée (renier la linéarité temporelle de l'histoire littéraire pour renouer avec des expériences de lectures fondée sur une autre forme de rapport au temps), mais la réalisation du livre est un peu décevante - chapitres longuets, peu convaincants; pas son meilleur de loin.