Dessinator

Publié le par L'Ombre

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Ne vous fiez pas à l’ignoble couverture de Juanalberto Dessinator : Roosevelt s’inscrit avec ce livre dans la voie encore peu fréquentée des BD théoriques ou des essais graphiques. On pense souvent à le lire à L’Art invisible de Scott McCloud – et pas à Sfar et à ses carnets qui, désolé, ne sont pas de la pensée, non, même pas de la BD, mais des carnets, c'est-à-dire le genre d’écrit relégué habituellement à la fin des œuvres complètes d’un écrivain ; Baudelaire aurait-il connu la gloire avec le seul Mon Cœur mis à nu ?
Roosevelt met en scène son héros Juanlaberto en jeune dessinateur de BD qui fait son apprentissage face à l’éditeur Delduck, portrait peu flatteur de Guy Delcourt qui trouve quand même la bonne grâce de préfacer l’album. Delduck est polymorphe : sa tête de canard évolue selon le style de BD qu’il conseille au jeune héros d’adopter. Tour à tour Picsou, Canardo, Herbert duc de Vaucanson, il vante les mérites de l’aventure, des frissons bon marché ou de l’érotisme sur le marché des bulles. « Essayez- vous à un récit d’aventure bien en accord avec nos traditions ! Un périple par des contrées mal connues, une chasse à un trésor enfoui dans les brumes du passé, le danger à chaque coin de page… » On croirait lire la quatrième de couverture d’une mauvaise BD. Évidemment, il ne s’agit pas d’être original, mais vendeur. Roosevelt livre une réflexion très amère sur l’état de l’édition de la BD aujourd’hui : seul secteur à surnager dans le marasme de l’édition, la BD a gagné ses titres de noblesse dans les libraires, mais le 9e art n’est plus un art : « Tant d’années d’effort pour faire entrer la bande dessinée au Panthéon, pour comprendre à la fin que le public se fout allègrement de ça. » Pour Roosevelt, il vaudrait mieux en revenir aux fanzines mal considérés que de continuer selon ce système.
Dessinator
est un peu bancal, parfois, comme tout livre à message ; ainsi des scènes didactiques avec Anatole Alphapage, porte-parole de l’auteur qui défend une version archaïque de l’économie de l’édition. Les planches de Juanalberto, qui ponctuent l’action en suivant les conseils de Delduck, pourraient être drôles, mais la parodie s’essouffle un peu.

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