Un Montaigne vite fait

Publié le par L'Ombre

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Gallimard ne perd pas le nord, et la sortie de la nouvelle édition des Essais est aussi l’occasion de publier un album Montaigne. C’est Jean Lacouture, journaliste-écrivain-biographe, qui s’en charge et qui livre un Montaigne « grand public », à la portée de tous, sage, trop sage. D’ailleurs Lacouture n’a lu les Essais qu’en « traduction » pour ce travail – c’est sans doute plus rapide, mais ce n’est pas une très bonne publicité pour l’édition de la Pléiade, et cela n’augure rien de bon pour la qualité du livre. Le biographe prend plaisir à critiquer les critiques (souvent critiquables, d’ailleurs, il est vrai), mais c’est pour mieux revenir à des positions du XIXe siècle. Le Montaigne que les universitaires ont construit depuis le début du XXe siècle ne lui plaît pas ; il lui préfère un Montaigne plus populaire, un Montaigne moins écrivain et plus homme du siècle. Car ce qui fascine Lacouture, c’est l’Histoire avec un énorme H ; ce sont les crises de succession, les trahisons, les rencontres au sommet sur lesquelles ont ne sait rien mais qu’il est si tentant d’imaginer ; ce sont les « grands hommes », les militaires, les rois, les magistrats. L’auteur se rengorge de noms à particule, il n’en a pas assez pour satisfaire sa soif de noblesse. Un peu de freudisme pour lier tout cela, expliquer les actions de Montaigne par son rapport à la mère, par l’absence du père, et le tour est joué. Bon, il a 86 ans, pardonnons-lui. Et puis les illustrations sont très bien.

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