Je relis les épreuves de quelques petits comptes rendus. Extrait:
Patrice Locmant, J.-K. Huysmans : le forçat de la vie (Bartillat, 2007, 284 p., 20 €). Patrice Locmant n’est pas Huysmans, et s’essaye pourtant à pasticher le romancier dans la biographie qu’il lui consacre. Le style, malheureusement, semble se confondre pour lui avec l’usage systématique des adjectifs. Qu’on en juge par les premières pages, où l’on trouve un « flot furieux », une « capitale moderne », une « rhapsodie régulière », des « hommes immobiles » et des « fourmis affolées », du « désordre apparent », des « platanes défeuillés [qui] se figent sous l’étreinte des pavés gelés », un « glaive ardent », une « façade grisonnante »… Un substantif isolé paraîtrait donc si peu littéraire ? La narration est à l’avenant : sous prétexte de lyrisme et d’intensité dramatique, le récit vire au mélodrame, les traits s’accentuent jusqu’à la caricature. Ainsi de cette scène où la mère de Huysmans, durant les événements de février 1848, « penchée au-dessus d’un berceau, effrayée par les hurlements qui montent du boulevard jusqu’à sa fenêtre, retient son souffle comme une bête traquée ». La biographie oscille sans cesse entre le passé et le présent, entre les moments vécus par Huysmans et les moments de l’écriture du biographe. La biographie prend alors souvent les accents de l’autobiographie, et l’on a l’impression d’en apprendre plus sur Patrice Locmant, sur ses goûts, sur ses idées, que sur Huysmans. « L’homme intérieur » qu’il traque chez Huysmans, ne serait-ce pas lui-même ?