Je n'aime pas les héritiers

Publié le par L'Ombre

Le New Yorker a un article intéressant sur Stephen James  Joyce (il insiste pour qu’on utilise la totalité de son nom, middle name inclus), petit-fils et ayant-droit de Joyce. L’homme, qui ignore qui est Dédale (« un Grec dans une grande bataille avec quelqu’un ? », hasarde-t-il face au journaliste), qui semble n’avoir pas tout lu de l’œuvre de son grand-père (jamais il ne cite Finnegans Wake dans ses lectures), découverte sur le tard (l’anglais n’était pas sa cup of tea à l’école, et on lui a demandé gentiment de quitter Harvard pour manque de travail), jouit en despote de ses droits. Les thèses qu’il n’aime pas se voient refuser toute citation de l’œuvre du grand-père célèbre. Il a détruit plusieurs éléments de la correspondance de la famille (dont des cartes postales de Beckett à Lucia, la fille de Joyce et sa tante), et a sans doute réduit en cendres les lettres inédites de Joyce qui lui avaient été confiées à sa demande pressante par la National Library of Ireland. Il dégaine sans complexe les attaques en justice – un manuscrit de Joyce est exposé en vitrine dans une bibliothèque ? Violation de copyright ! Un acteur mémorise des phrases de Finnegans Wake ? Idem ! Oubliez vite tout fragment de Joyce qui vous pourriez connaître par cœur, vous enfreignez les lois ! Pour empêcher la parution d’une version électronique de Ulysses, il demande un million et demi de dollars de commission. L’universitaire, qui avait travaillé 7 ans sur le texte, peut le garder chez lui – à moins que Stephen ne considère sa copie privée sur ordinateur comme un plagiat. Il fait pression sur tous les projets de lectures publiques pour les annuler, et cela marche. Stephen, qui va se recueillir sur la tombe du saint de la famille quand il doit prendre une décision difficile, n’est pas tendre : il conseille ainsi à un spécialiste de Joyce, après avoir interdit la publication de son travail, de devenir éboueur à New York, car plus jamais il n’aura le droit de citer Joyce dans le texte.
stephen-james-joyce.jpg

(Stephen James Joyce, image utilisée sans droit aucun - avouez que l'homme est présentable)

On se demande quel est le but de ces actions. Stephen James Joyce pense-t-il vraiment que tant de gens lisent les thèses universitaires ? Qu’un ayant-droit garde le contrôle sur les interprétations d’un texte ? Les critiques ont les yeux tournés vers la date de 2012, où le règne de Stephen prendra fin, les œuvres de Joyce rentrant dans le domaine public.

 

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Le Théope 16/06/2007 11:27

2012, c'est aussi la prochaine fin du monde possible. Jamais tu ne connaîtras les Mayas.

a.w. 15/06/2007 19:21

Ca me rappelle l'histoire de la veuve Borges... ne demandez pas pourquoi les deux volumes de la Pléiade ne sont pas réimprimés !
Et ne parlons pas de la famille Zappa qui piétine (en grandes pompes, sans faire de mauvais jeu de mots) le fantôme du pauvre FZ.

A mort les héritiers !

palotin 15/06/2007 18:11

il a 74 ans, il ne doit plus en avoir pour longtemps...(enfin, on sait que
les acariâtre font souvent des centenaires...)

isabelle mercier 15/06/2007 17:30

...à moins qu'on ne le supprime avant?

bartleby 15/06/2007 16:22

On se demande comment une telle ordure peut avoir une telle ascendance... En tout cas, cela montre que la génétique n'y est pour rien ! C'est déjà ça...