La synthèse selon Jarry - Être et Vivre (2)

Publié le par L'Ombre

Julien-Schuh---l-oeuvre-selon-Jarry---Figure-2.jpg Un texte matrice 
On l’a vu, le champ de communication symboliste génère une tension entre une forme d’idéalisme platonicien et une forme de subjectivisme total, entre la quête d’un point de repère divin, objectif et fixe, pivot de l’univers situé dans le monde des idées, et l’affirmation du néant du monde, simple illusion générée par notre intellect, mouvant et incommunicable. Jarry s’inscrit parfaitement dans ce mouvement ; ses premiers mois d’initiation littéraire le voient passer d’une forme d’idéalisme traditionnelle, une quête mystique d’un point de vue divin, à la définition d’une méthode pour dépasser la tension entre subjectivité et objectivité en posant les conditions d’une mystique relative, qui lui permettra de définir les conditions de réception de ses textes.
Le texte « Être et vivre », paru dans L’Art littéraire en mars-avril 1894, peut être conçu comme une matrice des diverses théories de Jarry. Ce texte plein de contradictions porte en lui les principales tensions qui animent ensuite l’œuvre de Jarry — où, pour le dire de façon plus objective, on peut lire ces tensions dans ce texte une fois que l’on connaît les développements de l’œuvre de Jarry. On touche ici à l’un des problèmes principaux de l’interprétation : le simple fait de considérer un texte comme faisant partie des œuvres complètes d’un auteur modifie, par ce contexte, le sens possible qu’on peut lui attribuer. Nous le verrons, la possibilité de cette forme de diffraction sémantique à l’œuvre chez Jarry, qui cherche à rendre ses textes antérieurs le plus polysémique possibles, est précisément ce qui intéresse le jeune auteur. Nous suivrons donc ici quelques fils interprétatifs possibles à partir de ce texte-noyau, que Jarry semble avoir sans cesse à l’esprit lorsqu’il écrit, et dont le « Linteau » des Minutes de sable mémorial semble le reflet plus conscient. Mais une fois encore, il ne faut guère s’étonner des contradictions, des paradoxes ou des interprétations multiples ou changeantes que cet essai autorise : le sens d’un texte n’est pas figé, et la création littéraire fonctionne également par la relecture de sa propre œuvre par l’écrivain, sa réinterprétation, et éventuellement la modification de son sens — comme l’écrira Jarry dans le « Linteau » : « Tous les sens qu’y trouvera le lecteur sont prévus, et jamais il ne les trouvera tous ; et l’auteur lui en peut indiquer, colin-maillard cérébral, d’inattendus, postérieurs et contradictoires. » Ce texte est presque un texte programmatique, dans lequel Jarry pose des éléments sans parvenir à les articuler : « Mes engins ne sont pas construits ; mais avant que l’Être disparaisse j’en veux noter les symboles  ». Les « engins » que seront ses textes ne sont en effet pas encore publiés, mais Jarry met déjà ici en place des « symboles », des éléments disponibles pour plusieurs interprétations possibles, qu’il tentera de motiver et de réactualiser dans ses œuvres postérieures.


« Être et vivre », L’Art littéraire, nouvelle série, n° 3-4, mars-avril 1894, p. 37-41 

m. ubu : Ceci vous plaît à dire, monsieur, mais vous parlez à un grand pataphysicien.
achras : Pardon, monsieur, vous dîtes ?...
m. ubu 
: Pataphysicien. La Pataphysique est une science que nous avons inventée, et dont le besoin se faisait généralement sentir. 

Écho de Paris
du 23 avril 1893. 

Au commencement était la Pensée ? ou au commencement était l’Action ? La Pensée est le fœtus de l’Action, ou plutôt l’action déjà jeune. N’introduisons pas un troisième terme, le Verbe : car le Verbe n’est que la Pensée perçue, soit par celui qu’elle habite, soit par les passants de l’extériorisé. Mais notons-le pourtant : car faite Verbe la Pensée est figée dans un de ses instants, a une forme — puisque perçue — n’est donc plus embryon — plus embryon de l’action. — L’Action, il faut qu’elle soit au commencement pour le déroulement des actes du présent et du passé. Elle était, elle est, elle sera dans les minutes de la durée, par l’indéfini discontinu. — La Pensée n’était pas au commencement, car elle Est hors du temps : c’est elle qui excrète le temps avec sa tête, son cœur et ses pieds de Passé, de Présent et d’Avenir. Elle est en soi et par soi, et descend vers la mort en descendant vers la Durée.
« Il vaut mieux vivre », répondent à tout les idolâtres de la mode. Lesteven , mort en beauté volontaire, tu les réfutes par ton bond simiesque ; et vous, squelettes qui me reniflez des mitres d’évêque de vos nez camards, vous ne daignez cette banalité, coutumière et au snob et au bourgeois sphérique. Vous ne vivez pas — malgré le témoignage des terrorisés qui vous proclament leurs passés compagnons de route —, ne le niez pas, vous ne vivez pas, il n’y a pas de mal à ça, vous faites mieux, 

vous Êtes. 
 
L’Être, sous-suprême de l’Idée, car moins compréhensif que le Possible, est hypindéfinissable. Contente-toi, mon cerveau aux lobes luisants, de cette intuition, la fraternité de l’Être et de l’Éternité. L’Éternité, contraire du Vivre, le détruit. Donc l’Être aussi, pair de l’Éternité.
Or définissons son antipode prouvé, le Vivre.
Vivre est acte, et ses lettres n’ont que le sens du délire d’un hanneton renversé. Vie égale action de sucer du futur par le siphon ombilical : percevoir, c’est-à-dire être modifié, renfoncé, retourné comme un gant partiel ; être perçu aussi bien, c’est-à-dire modifier, étaler tentaculairement sa corne amiboïde. Car et donc on sait que les contraires sont identiques.
Être, défublé du bât de Berkeley, est réciproquement non pas percevoir ou être perçu, mais que le kaléidoscope mental irisé se pense.
Vivre : discontinu, impressionnisme sérié.
Être : continu, car inétendu (on ne démêle pas plus les composants de 0 que de ∞).
Conséquemment :
Quand l’être devient le Vivre, le Continu devient le Discontinu, l’Être syllogistiquement le Non-Être. Vivre = cesser d’Exister.
Vivre, rappelons-le, est entendu vie de relation, vie dans la boite de guitare du temps qui le moule ; Être, vie en soi, sans ces formes anorthopédiques. Vivre c’est le carnaval de l’Être.
Un vivant intersèque votre Pérennité : versera le vin de son Temps dans votre Cristal hors-de-forme. Il ne vous modifie possible que si — contrairement aux choses connues — une seule parcelle de lui vous oint (habitude peut-être de Mithridate). Assimilez-vous le, pour que votre crainte cesse.
Ou qu’il disparaisse. Car l’Être et le non-Être sont fort proches, communs qu’ils sont par un élément. Insinué en vous, il sera transmué en votre substance ; expulsé hors de vous, il sera cru votre excrétion.
 
L’Anarchie est ; mais l’idée déchoit qui se résout en acte ; il faudrait l’Acte imminent, asymptote presque*. [*Toujours. Et pour cela nul autre souci que d’entretenir le poêle des Actes.] — Vaillant de par son nom prédestiné voulut vivre sa théorie. Au lieu du Monstre inconcevable, fut palpable et audible la chute non fendue d’un des grelots de son joyeux bonnet. Et pourtant il fut grand. — Quoiqu’il fût contraire à l’Être.  — Car l’Être est meilleur que le Vivre. Mais — casuistique licite — pour en paix avec ma conscience glorifier le Vivre je veux que l’Être disparaisse, se résolvant en son contraire. Jour et nuit successifs s’évitant avec adresse, demi-tons, coïncidants je les abomine ; et je révère l’ascension miroitante d’un des deux seul.
 
Mes engins ne sont pas construits ; mais avant que l’Être disparaisse j’en veux noter les symboles — et non cymbales, malgré la rime future, comme a failli l’écrire (et avec raison, vous le saurez) ma plume fourchante — que pour les petits enfants — il fut bon père et bon époux — l’on gravera sur sa pierre tombale.
Symboles de l’Être : deux Yeux Nyctalopes, cymbales en effet appariées, de chrome circulaire, car identique à soi-même ;
Un Cercle sans circonférence, car inétendu ;
L’Impuissance des pleurs d’un cœur, car éternel.

Tout meurtre est beau : détruisons donc l’Être. — Par la stérilité. Tout organe au repos s’atrophie. L’Être est Génie : s’il n’éjacule point, il meurt. Mais les Œuvres exsautent les barrières, quoique je dédaigne de leur tendre, à leur chute, grâce à ma voix l’anxiété des tympans d’autrui. — Par le stupre ; inconscient avec l’ambiance et la fréquentation des Hommes, la lecture des Œuvres et le regard circulaire des Têtes. Quoique l’action et la vie soient déchéance de l’Être et de la Pensée, elles sont plus belles que la Pensée quand conscientes ou non elles ont tué la Pensée. Donc Vivons et par là nous serons Maîtres. — Là-bas, sur les étagères, ils ne vivent point, mais leur pensée ne récite-t-elle point à leur — qui seul peut comprendre — Génie, sur les trois cercles stridulents de l’ivoire de leur ventre irréel ?

Analyse
Le numéro de L’Art littéraire de mars-avril 1894 est consacré à une réflexion collective sur l’anarchisme, après l’attentat d’Émile Henry au café Terminus le 12 février. La question que se posent les littérateurs tentés par les doctrines libertaires est la suivante : faut-il passer à l’action ? Louis Lormel explique bien que les écrivains ne sont « pas anarchistes au sens d’Émile Henry », et que peu leur importe « l’affranchissement du plus grand nombre » : ils sont individualistes et « ennemi du peuple », pour reprendre le titre de la pièce d’Ibsen qui avait été lue à la lumière des doctrines anarchistes. C’est cette question de l’implication politique des artistes que reprend Jarry dans son essai, question qui avait déjà été posée, en des termes similaires, par Baudelaire : « action et intention, rêve et réalité » sont deux forces contradictoires de l’homo duplex ; l’action, politique ou sociale, tend à nier l’idéal, elle « n’est pas la sœur du rêve  ». Baudelaire avait repris ce dilemme, sous une autre forme, dans la « Chambre double » des Petits Poèmes en prose, où se met en place la même opposition que chez Jarry entre Pensée et Vie, le rêve sans forme du laudanum contrastant avec la vie abominable. Dans la chambre « spirituelle », « il n’est plus de minutes, il n’est plus de secondes ! Le temps a disparu ; c’est l’Éternité qui règne » ; une fois que le narrateur retombe dans la réalité, « l’implacable Vie » reprend le dessus, et « le Temps règne  ».
« Être et vivre » s’inscrit donc dans une tradition de mise en retrait de l’écrivain par rapport à la vie de la cité. Gourmont venait lui-même de revenir sur ce problème dans le Mercure de France de mars 1894, posant la question de la valeur « morale et sociale » de l’idéalisme et de sa possible réalisation effective dans l’anarchisme ou le despotisme dans un article intitulé « Dernière Conséquence de l’Idéalisme ». Or c’est principalement à son mentor que Jarry emprunte ses réflexions, voire le cheminement de sa pensée — preuve en est la citation textuelle de Gourmont dans « Être et vivre » : la « Vie de relation » est le titre du deuxième chapitre de l’article de Gourmont. Résumons rapidement, pour mieux le saisir, le texte de Jarry, qui s’inscrit délibérément pas son épigraphe dans la catégorie des réflexions pataphysiques (sans que ce terme soit encore défini).
Jarry commence par opposer Pensée et Action, Être et Vivre, dans une réflexion abstraite au vocabulaire philosophique très marqué. La pensée semble à première vue précéder l’action : elle est l’action au stade fœtale, une sorte d’action potentielle, encore non réalisée, libre de s’épanouir dans toutes les directions.  Mais voici un premier paradoxe : l’action précède la pensée parce que la Pensée est hors du temps. Forme de l’absolu immanent, la Pensée est éternelle, et s’oppose par là à l’Action, qui est vie dans le monde. Le propos se réduit ensuite à l’Être, qui est une forme inférieure de la Pensée ou de l’Idée, inférieure car déjà déterminée, alors que la Pensée est pure potentialité. La mort, l’une des formes de l’Être, est préférable à la vie, parce qu’elle place les êtres hors du temps et leur fait échapper à la corruption. L’Être s’oppose au Vivre comme la Pensée à l’Action : l’Être est un mode d’existence inétendu, immanent, continu, tandis que le Vivre est un mode d’existence dans la relation à autrui et au monde. On retrouve ici un éloge de l’égoïsme de l’écrivain symboliste, qui refuse de se mêler à la foule pour ne pas troubler l’unité de sa monade parfaite : Jarry, à travers l’opposition entre Être et Vivre, ne fait en définitive que répéter les schèmes des conditions de communication selon Villiers ou Gourmont.
La suite de l’essai permet en effet de comprendre que tous ces discours abstraits ont pour but de valoriser la solitude de l’écrivain, en construisant une image de l’auteur en anarchiste de la pensée, pure esprit immanent qui refuse de se mêler à autrui, incarnation de la parole orpheline. Par l’image du « Cristal hors-de-forme », Jarry symbolise le lecteur qui accepte de recevoir le « vin » de la pensée d’autrui en soi ; il s’agit de proposer une méthode pour éviter cette pénétration de l’autre en soi, pour empêcher une pensée extérieure de troubler l’unité de son esprit. L’influence de Gourmont semble ici évidente : dans l’article dont Jarry a tiré l’expression « vie de relation », Gourmont écrit : 
Laissant le moi qui m’est connu (au moins par définition), je veux, pour m’instruire et savoir comment et par quoi je suis limité, étudier l’objet c’est-à-dire l’hypothèse du monde extérieur ; l'objet se mêle à moi, mais à la manière de l’eau qui entre dans le vin, en le modifiant, et une telle modification ou même moins négative, ou même positive, ne peut me laisser indifférent.
On retrouve ici l’influence du monde extérieur, vécue comme une pénétration (selon la même métaphore du liquide versé en soi que chez Jarry) qu’il faut apprendre à maîtriser. La pensée anarchiste valorise l’égoïsme du moi solitaire, qui refuse toute autorité ; mais Jarry refuse le passage à l’action anarchiste, car l’action est une chute dans la durée et une négation de l’idéalisme et de l’unité de l’esprit.
  Mais par un renversement de perspective fondé sur l’idée que « les contraires sont identiques », Jarry en vient à glorifier le Vivre par rapport à l’Être. II s’agit de vivre pour dominer les faibles. La vie détruit l’Être égoïste en le tirant de son immanence. C’est ici que le véritable sujet de l’essai de Jarry devient clairement visible : l’opposition entre Être et Vivre est une opposition entre le monadisme spirituel et la communication littéraire. Vivre, c’est écrire et être interprété, c’est subir « la lecture des Œuvres et le regard circulaire des Têtes ». Or, ce mouvement qu’il rejetait dans le début de l’essai est ici glorifié, car être lu, c’est transformer certes son Moi, mais c’est aussi imposer sa forme à autrui, et finalement dominer. L’article de Remy de Gourmont sur la « Dernière Conséquence de l’Idéalisme » est une fois encore le meilleur commentaire du texte de Jarry ; on y retrouve le mouvement qui va de l’égoïsme immanent à la domination. Après s’être interrogé en introduction sur le problème de la valeur de l’idéalisme absolu, Gourmont, dans un premier chapitre intitulé « Homonculus-Hypothèse », pose en face de lui l’hypothèse d’autrui, à la fois homoncule (le petit homme de l’alchimie) créé par son esprit et autre esprit aussi absolu que le sien. Gourmont remet en cause le monadisme qui semblait encore être le sien dans ses essais antérieurs ; la vie humaine impose des relations avec d’autres esprits. Il n’y a qu’une seule monade qui puisse se passer de toute communication, parce qu’elle contient tout en elle, Dieu ; la pensée humaine mourrait de ne pas se communiquer :
Pour l’intelligence limitée, les conditions de la pensée sont toutes différentes ; elle a besoin de l'excitation du choc extérieur. Réduite à soi, c'est le prisonnier au secret. Dans ce cas, la pensée se résorbe et, ne vivant plus qu'autosubstantiellement, se dévore elle-même et se résout en la non-pensée. La pensée d'autrui est le miroir même de Narcisse, et sans lequel il se serait ignoré éternellement.
D’où la nécessité, analysée dans le second chapitre, « Vie de relation », de l’instauration d’un rapport de domination entre le Moi et autrui :
Nietzsche, le négrier de l’idéalisme, le prototype du néronisme mental, réserve, après toutes les destructions, une caste d'esclaves sur laquelle le moi du génie peut se prouver sa propre existence en exerçant d’ingénieuses cruautés. Lui aussi veut qu'on le connaisse et que l'on approuve sa gloire d’être Frédérik Nietzsche, — et Nietzsche a raison.
Dieu, ayant pensé le monde, le créa, parce que, en le créant, il extériorisait la pensée par laquelle il serait à son tour pensé et créé. Dieu même a besoin de gloire.
L'homme le plus humble a besoin de gloire : il a besoin de la gloire adéquate à sa médiocrité. L'homme de génie a besoin de gloire ; il a besoin de la gloire adéquate à son génie. […] Pensé par les autres, le moi acquiert une conscience nouvelle et plus forte, et multipliée selon son identité essentielle. […] Le Stylite vit tout seul sur sa colonne, mais il a besoin de la foule des pèlerins qui se presse au pied de sa colonne ; il a besoin de la salutation de Théodose ; il a besoin de la vaine flèche de Théodéric .
Sans la pensée qui le pense, le Stylite n'est qu'un palmier dans le désert.
L’image sur laquelle Gourmont clôt son article est essentielle, et Jarry rêvera lui aussi sur cette élévation du sage sur une colonne, à l’abri de la foule et disposant d’un regard surplombant, mais nécessitant cette foule pour valider sa domination.
On le voit, Jarry se contente dans le dernier paragraphe d’« Être et vivre » de reformuler les idées de Gourmont : la mort de la pensée narcissique repliée sur elle-même devient celle du Génie-Phallus qui « n’éjacule point » ; et l’action est finalement valorisée parce qu’en vivant, « nous serons Maîtres ». « Être et vivre », sous ses allures d’élucubration métaphysiques, est donc une réflexion sur la communication littéraire dont la conclusion reste en suspens : entre silence et communication, entre monadisme intellectuel et dispersion de son Moi, Jarry hésite. Les textes qu’il produit entre cet essai et la préface des Minutes de sable mémorial sont autant de variations sur ce sujet, qui tentent de définir une troisième voie pour conserver à la fois la stabilité de l’Être et le dynamisme du Vivre, pour jouir de l’autorité d’un esprit divin tout en imposant aux lecteurs sa volonté, en définissant une communication littéraire fondée sur la violence et la mystification.
Malgré la compréhension du thème principal de cet essai, beaucoup de points restent obscurs : quelle est la fonction exacte d’images comme celles du Cristal hors-de-forme, des squelettes, des fœtus qui semblent apparaître à la fin de l’essai, sur des bocaux rangés sur des étagères dans la chambre du poète — à moins qu’il ne s’agisse de crucifix ? Que désignent exactement les « Symboles de l’Être » ? Autant d’images que Jarry énumère sans prendre la peine de les expliciter. Or chacune de ces images fait ensuite l’objet, dans ses textes postérieurs, de développements qui permettent de les déplier et de proposer, par métaphores interposées, tout un système de communication. Jarry utilise « Être et vivre » comme une sorte de point de référence implicite de sa pensée, et il réinterprète lui-même son essai pour en dégager une vision des relations entre l’auteur, le texte et le lecteur, à partir des trois « Symboles de l’Être ».

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isabelle mercier 24/06/2007 20:46

ouh, il a fallu que je comprenne que ifsupportFootnotes et toutes ces sortes de choses n'avaient en fait aucune signification ni rapport avec Jarry, et bon , j'ai pu lire plus sereinement. Moi qui lis Pierre Bayard en ce moment (trop cool!)j' en viens à penser que tout n'est qu'affaire de signes et d'interprétations, de délire et de folie, et je comprends mieux pourquoi l'appel de la littérature peut apparaître si séduisant et effrayant!...

L'Ombre 24/06/2007 22:09

Ah oui, je n'avais pas vu ça... Il faut dire que firefox, qui est un véritable navigateur internet, sait afficher correctement une page; j'ai essayé avec internet explorer, c'est affreux. Je ferai mieux de me débarrasser des notes! A moins que j'attende la fin de Microsoft.