Suite Lodge

Publié le par L'Ombre

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David Lodge… J’avais lu Author, Author ! à sa sortie, parce que je ne voulais pas manquer une biographie romancée de Henry James, l’un de mes auteurs préférés, découverts grâce à Borgès. Le reste de sa production ne m’attirait guère : des histoires de campus américains, de relations entre professeurs, de bassesses universitaires ; les résumés qu’on m’en avait fait donnaient l’impression de romans nombrilistes, d’un humour facile – l’équivalent littéraire des bandes dessinées sur la gendarmerie ou les motards. Author, Author ! s’était cependant révélé un très bon livre, avec quelques longueurs, quelques problèmes de construction, mais il s’agissait d’un véritable roman, et non d’une biographie vaguement dramatisée.
Alors lorsque le nom de Lodge est apparu sous la plume de Pierre Bayard, je me suis procuré la trilogie des romans universitaires de Lodge, plus quelques uns pour me faire une idée. Je les ai lu d’une traite – et dans le désordre, ce qui est un autre problème.
La chute du British Museum
, le premier de ses romans traduits en français, reprend – inconsciemment, s’il faut en croire la préface – la trame de Ulysse de Joyce : nous suivons une journée durant les pérégrinations d’Adam Appleby, un jeune thésard, catholique pratiquant, angoissé à l’idée d’avoir une fois de plus mis enceinte son épouse parce que sa religion lui interdit d’utiliser des méthodes contraceptives. Chaque chapitre change de tonalité, imitant un style littéraire approprié aux hallucinations grandissantes d’Appleby ; et, comme dans Ulysse, le dernier chapitre est un monologue de la femme d’Adam, finissant sur un prudent « maybe » lorsque Joyce choisissait un tonitruant « yes ».
La trilogie des « campus novels » est plus aboutie. Changement de décor, Un tout petit monde et Jeu de société suivent sur plusieurs années deux professeurs, Philip Swallow, un anglais un peu coincé qui n’a jamais produit de grand travail critique, et Morris Zapp, un américain inspiré de Stanley Fish, habitué des colloques internationaux, défenseur du déconstructionnisme à l’anglo-saxonne. L’intérêt principal des deux derniers romans réside dans la façon dont Lodge intègre un parallélisme entre l’histoire qu’il raconte et les genres narratifs qu’enseignent les personnages. Un tout petit monde parodie la légende arthurienne et la quête du Graal : lors d’un congrès, tous les personnages masculins cherchent à atteindre la superbe et mystérieuse Angelica Pabst ; on retrouve la fée Morgane sous les traits d’une critique italienne, Fulva Morgana ; le Roi Pécheur incarné par Arthur Kingfisher, professeur atteint d’impuissance psychique, etc. La quête, évidemment, est vouée à l’échec.
Dans Jeu de société, c’est le roman industriel qui devient le modèle de la narration : Robyn Penrose, l’héroïne, spécialiste de ce genre de romans et féministe combattive, se voit contrainte de passer une journée par semaine avec le patron d’une entreprise de sidérurgie, exemple même de domination masculine fondée sur l’oppression des travailleurs. Robyn connaît parfaitement les rouages des romans industriels anglais : les jeunes héroïnes  y apprennent les mécanismes du capitalisme et tentent de défendre le droit des plus pauvres, mais tombent sous le charme de leur patron, et connaissent la misère avant d’être sauvées in extremis par un deus ex machina sous la forme d’un héritage d’un oncle d’Amérique, qui leur permet de vivre leur idylle avec leur supérieur. Cela ne l’empêchera pas de rejouer ce rôle stéréotypé, et d’incarner une héroïne de ce type de romans.
Tout cela reste très léger, mais c’est si bien fait que l’on a du mal à se détacher des livres une fois qu’on les a ouverts. Et je jure qu’il n’y a pas que les universitaires qui trouveront cela drôle.

Publié dans Lus

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g@rp 24/06/2007 21:04

Et après la trilogie du tout petit monde, selon moi, plonger dans "thérapie".
David Lodge, toute ma "jeunesse" anté HOLienne...

L'Ombre 25/06/2007 12:51

Prochain achat, dans ce cas: Thérapie!

Bartleby 24/06/2007 13:17

La lecture de Lodge est en effet très agréable et très réjouissante : Un tout petit monde est, notamment, une satire très réussie du monde universitaire. J'espère que vous ne serez pas trop déçu par Pensées secrètes que je n'ai pas apprécié, sans doute parce que l'idée qui en sert de fil conducteur (l'essentielle incomunicabilité entre les êtres) est passionnante et que j'espérais beaucoup mieux.

L'Ombre 25/06/2007 12:50

Pensées secrètes est le suivant sur ma liste, effectivement. Nous verrons bien!