Propos d'un entrepeneur de démolitions

Publié le par L'Ombre

Qui est Nisard? On l'apprend suffisamment dans Démolir Nisard  pour que je m'abstienne de décrire ce falot personnage, cet écrivain de seconde zone;il suffit de savoir qu'il est assez détestable pour que Chevillard en fasse son punching ball de prédilection, et qu'il entreprenne dans ce livre de le faire disparaître de la surface de la planète. Question plus intéressante, que représente Nisard dans ce roman (si l'on peut appeler roman la forme particulière des écrits chevillardiens, qui tendent toujours davantage vers la collection de fragments, de poèmes en prose thématiquement liés - on imagine Chevillard prenant simultanément des notes dans plusieurs dossiers, puis choisissant de publier ceux qui forment un volume assez conséquent - ce qui lui a sans doute permis, dans le cas de Démolir Nisard, de décharger de temps en temps une plume bilieuse quand le besoin s'en faisait sentir)? Ce qu'il représente, disais-je avant cette parenthèse inopportune,c'est difficile à dire (vous voilà bien avancés). La médiocrité littéraire? Une cible en particulier? Une collection d'énergumènes qui énervèrent Chevillard? J'inclinerais à penser qu'il ne représente rien: ni abstraction, ni grand nom de la littérature actuelle; il n'est qu'un prétexte à démolition. On pense souvent à Bloy, autre "entrepreneur de démolitions", en lisant ce livre; mais Bloy s'imagine une mission, alors que Chevillard ne déverse son fiel que pour le plaisir de l'éreintage: il pratique le pamphlet par simple souci esthétique. Le style proétiforme de Chevillard, qui adore jouer de la plasticité des corps (relire Palafox pour s'en persuader) et de la langue pour dire ce qui n'a pas ou plus de contours définis, est mis à profit pour faire le portrait grouillant d'une créature flasque comme un amas de ver qui tremble sous les coups de pelle. On doit se sentir détendu d'écrire ce genre d'invectives, et chacun devrait se trouver un Nisard à accabler gratuitement d'injures.

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claro 09/10/2007 18:56

Chevillard, c'est quand même un sacré facteur de machines de guerre, il rebrousse le poil narratif pour inoculer des para-discours acides et jubilants, sa cible est plus mouvante que son écriture, certes, mais quel virtuose de la pique, comme il va de branche en branche (cf. l'orang-outang…).

claro 04/10/2007 07:23

Plus récemment, Chevillard fait de l'orang-outan un anti-nisard indispensable.

L'Ombre 04/10/2007 12:52

Celui ci, il me le faut rapidement.

a.w. 03/10/2007 12:12

Ce labo (?) de chevillard que Bartleby à mis sous projo il y a peu viendrait confirmer ton hypothèse d'une collection de fragments :
http://l-autofictif.over-blog.com

L'Ombre 03/10/2007 13:50

J'avions vu. Mais il faudra voir si ces notes de blog se transforment en nouvel ouvrage - à moins que Chevillard ne décide d'arrêter les livres.