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Acquis

Samedi 19 avril 2008

Très agréable sauterie hier soir à L’Arbre à Lettres de Mouffetard, où du beau monde saluait la parution au Clown lyrique des Lettres à Henry Kistemaeckers de Jean Lorrain, qui attendaient, inédites depuis plus d’un siècle, dans les archives de l’Arsenal que quelqu’un veuille bien les déterrer.
Leur découvreur, Éric Walbecq, nous a gratifiés de la lecture des plus coruscantes de ces missives, dont le ton tranche souvent sur celui du Lorrain que l’on connaît. Altercations avec des brigands qui finissent en fuite apeurée, armé d’une canne épée ; propos amères sur Paris et ses coteries désespérément plates et ennuyeuses ; autoportrait en Monsieur de Bougrelon à Toulon, le ventre dilaté par les fruits de mer et l’eau gazeuse — on ne s’ennuie pas à la lecture de cette correspondance.
Somptuairement gratifié d’un des vingt exemplaires hors commerce sur papier rouge, d’une décadence exquise qui aurait plu à Remy de Gourmont, dont les exemplaires de luxe affichaient toujours de réjouissantes nuances, je repartis comblé.

 

Par L'Ombre
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Mardi 15 janvier 2008
Jarry toujours, avec deux numéros des mythiques Cahiers du Collège de Pataphysique.

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Une discussion, en leur sein, sur l'usage ou non de l'apostrophe avant Pataphysique, selon que le terme est pris dans son sens général ou particulier, c'est-à-dire selon que l'on parle de pataphysique inconsciente ou non. On soulève une autre question importante: dans quel sens tourne la gidouille d'Ubu?

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On revient également sur l'expojarrysition, avec le risque que cela soulève: transformer le Collège en "simple Société des Amis d'Alfred Jarry, chargée d'entretenir la pieuse chandelle de son souvenir". Pour finir, quelques contrepets pour les oreilles averties, tel "Les Romains descendaient en troussant les babines".
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Par L'Ombre
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Jeudi 10 janvier 2008
Avec tout ça, j'avais complètement oublié de vous parler de mes petits cadeaux de Noël! Livresques, évidemment. Pas de pile aussi grosse que celle de Fausto, mais des bijoux choisis.
On commence avec l'un des auteurs de bande dessinée les plus intéressants du jeune siècle, Chris Ware, lauréat il y a déjà quelques années du festival d'Angoulême (2003). L'Acme Novelty Library, expérience d'écriture sur plusieurs niveaux temporels, stylistiques, émotionnels, est un chef d'oeuvre dans l'esprit de Jimmy Corrigan (en fait, cet opus était lui même tiré de la somme de l'Acme Novelty Library); Chris Ware y mêle sa biographie pour créer un objet sursaturé de significations, composéen réseaux de sens et de lignes, inventant de nouvelles manières de lire la bande dessinée et même d'interpréter un récit. Il y aura toujours un Joan Sfar pour dire qu'il n'y comprend rien, comme il y avait toujours des critiques à l'époque symboliste pour se vanter de leur incompréhension; il n'est pas question de comprendre, ici, mais d'expérimenter avec ses propres limites.
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Par L'Ombre
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Samedi 5 janvier 2008
On en trouve, des merveilles, dans la Revue encyclopédique de 1892. En premier lieu, il y a bien sûr l’article de G.-Albert Aurier sur les Symbolistes, où l’on défend pour la première fois dans une publication de ce type et de cette audience des peintres comme Gauguin ou Van Gogh, mais aussi des oubliés comme Émile Bernard, Sérusier:

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Une étude biographique sur Rimbaud par Charles Maurras, qui se montre d’un manque de perspicacité rare (d’un autre côté, venant de Maurras, à quoi fallait-il s’attendre ?) : « Sa légende eut de l’intérêt tant que l’on put douter s’il était mort ou vif : je ne crois pas qu’elle demeure. Il a collaboré à toutes sortes d’œuvres : finalement il n’a rien fait. Il ne nous laisse rien que de très beaux vers de jeunesse, une poignée d’anecdotes baudelairiennes, le souvenir d’une influence qui demeura presque anonyme et qui s’efface chaque jour devant des tendances nouvelles ; au demeurant, le deuil d’un magnifique génie avorté. »

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Les essais photographiques de Marey sur la décomposition du mouvement :

Revue-encyclop--dique.1892-02.jpg Des caricatures, politiques ou autres :

Revue-encyclop--dique.1892-03.jpg Des expériences de suspension de nouveaux-nés par les bras qui feraient frémir d’horreur aujourd’hui mais qui passaient à l’époque pour la preuve évidente de notre ascendance simiesque :
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Des animaux en tous genres :

Revue-encyclop--dique.1892-04.jpg De stupéfiantes inventions, comme ce grimpe-escalier automatique à l’usage des dames, qui prouve que le Derby © n’est pas une invention moderne !

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En bref, l’époque fin-de-siècle dans son intégralité, condensée dans une revue.
Par L'Ombre
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Mercredi 2 janvier 2008
Une nouvelle année, de nouveaux livres à lire, à écrire, et peut-être un peu plus de temps à consacrer à ce blog - si ma thèse avance aussi vite que je le souhaite!  Une bonne surprise en tout cas en ce début d'année: j'avais commandé pour une bouchée de pain L'Esthétique de la rue de Gustave Kahn, à laquelle Jarry consacre un compte rendu lors de sa parution en 1901.

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Et en l'ouvrant ce matin, je vois une dédicace de Kahn à Demolder!

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Eugène Demolder, qui avec Claude Terrasse entraîna Jarry dans l'écriture d'opérettes (presque) jamais jouées, et qui est le véritable auteur du Manoir enchanté, recueil d'oeuvres attribuées en grande partie à Jarry alors que les manuscrits en notre possession sont surtout de la main de Demolder.
Ce que je constate, c'est que les livres de Kahn que l'on trouve encore aujourd'hui sont quasiment tous dédicacés: soit l'homme mettait son paraphe dans l'intégralité du tirage de ses livres, soit les marchands considèrent son oeuvre trop inintéressante pour être vendue sans une petite signature...
Par L'Ombre
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Vendredi 2 novembre 2007

Cela aurait été parfait pour mon article d'hier, mais ce numéro du Cri de Paris du 25 février 1900, portant en couverture « Albert Ubu de Galles » par Vallotton n'est arrivé chez moi qu'aujourd'hui ! Le bonhomme ventripotent, très proche effectivement des proportions ubuesques selon les portraits que nous a légué la postérité, incarne une fois de plus une version politique du Maître des Phynances : Albert Édouard VII de Galles, fils de la reine Victoria et futur Édouard VII. Le brave Albert, durant le veuvage de sa mère, fut laissé à l'écart des Affaires et devint une sorte de symbole de l'aristocratie riche et oisive (d'où sans doute la gidouille) ; il eut son rôle à jouer dans la mise en route de la guerre des Boers, ce qui explique la légende : « Envions, Messieurs, ceux qui meurent pour notre gidouille royale. »

À l'intérieur du journal (p. 6), un compte rendu d'Ubu enchaîné, qui vient de paraître :

« Ubu Enchaîné précédé de Ubu Roi »

M. Alfred Jarry peut renoncer, s'il lui plaît, à toute littérature désormais ; il peut ne plus jamais consentir à mouvoir une plume ; il a eu dans sa vie d'écrivain le bonheur que rencontrent si peu de constructeurs de pièces ou d'équarisseurs de romans ; il a créé un type, un type immortel, d'une fantaisie admirablement vraie, d'une vérité étonnamment fantaisiste, un type rabelaisien, picrocolesque et pantagruëlique, un type de guignol tragique, le boufre, apothéose horrificque et monstrueuse du Monsieur, de Thiers à Prudhomme : Ubu, le Père Ubu.

Ubu Roi vient de reparaître dans une nouvelle édition augmentée, c'est-à-dire enrichie d'une dramaturgie inédite, Ubu Enchaîné, où nous assistons à une nouvelle incarnation de ce terrible bonhomme dont Gémier avait autrefois, à l'œuvre, évoqué la silhouette de cauchemar. Nous retrouvons le couple ubuesque, mais Bordure, Venceslas, Bougrelas et les Polonais sont remplacés par les Pissedoux et les Pissembock dont la fantocherie n'est pas moins épique. Nous attendons maintenant le troisième Ubu pour compléter la trilogie des Ubu, qui sera peut-être un jour aussi notoire que celle des Œdipe. (Revue Blanche, éd.).

Le même ouvrage jouit du statut de « Livre de la semaine » :

Et pour finir, quelques publicités, cela fait toujours plaisir :

Par L'Ombre
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Dimanche 14 octobre 2007

Cela faisait longtemps que je n'avais pas acheté autant de littérature fin-de-siècle. Tout d'abord un grand classique que ma bibliothèque jarryque rougissait de ne pas contenir, Alfred Jarry ou la Naissance, la Vie et la Mort du Père Ubu, de Paul Chauveau, ou comment former durablement les esprits à l'idée que Jarry=Ubu. Mais le livre ne se réduit pas à cette équation douteuse ; et l'on s'étonne même d'y trouver des descriptions bucoliques de la Mayenne à l'époque de Jarry…

Des souvenirs, des souvenirs avec Fontainas et Raynaud ; je conseille dans Mes souvenirs du Symbolisme le récit du banquet Moréas le 2 février 1891, raconté avec une candeur idéaliste touchante quand on connaît d'autres récits de l'époque (celui que Barrès fait par exemple au savant Byvanck de passage à Paris en 1891 : « On ne comprit que la moitié du speech par lequel le président Stéphane Mallarmé ouvrit le banquet ; quant à Moréas, on n'entendit rien de ce qu'il dit à cause de l'émotion qui étrangla sa voix ; mais on applaudit avec fureur le toast porté par l'un des assistants qui, gravement, leva son verre et dit : ''Je bois à ceux qui ne mangent pas.'' C'était parfaitement ridicule, et cela a été un parfait succès. » :

Du théâtre des contrées du Nord, idéaliste à souhait – c'est en cas tout cas ainsi que l'interprétaient les critiques symbolistes, pressés de trouver de l'allégorie sous le drame – avec l'édition originale française du Canard Sauvage d'Ibsen, et l'édition de 1901 d'Au-dessus des forces humaines de Bjørnstjerne Bjørnson (prix Nobel de littérature 1903 et auteur de l'hymne national norvégien !) :

Des réflexions sur l'art sous forme de notes de voyage de Maurice Denis :

Et enfin, l'édition originale (mais oui !) du Nouveau Monde, la pièce que Villiers de l'Isle-Adam avait écrite à l'occasion d'un concours en l'honneur du centenaire de la proclamation de l'indépendance des États-Unis, concours qu'il remporta haut-la-main :

Par L'Ombre
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Dimanche 30 septembre 2007
Je déteste les articles du genre "c'est LE truc à avoir". J'exècre les critiques qui usent du mot "indispensable". Honni soit le blogueur qui prend ses lecteurs de haut en leur imposant la lecture d'un quelconque pavé. Mais bon. Il est des lectures indispensables, et ce gros ouvrage est LE livre à avoir chez soi pour qui se targue d'apprécier la littérature fin-de-siècle.

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Paul-Henri Bourrelier, inspecteur général au corps des mines de son état (ça ne s'invente pas), a inspecté (hou le vilain jeu de mot, je n'ai même pas fait exprès) la revue des frères Natanson sous toutes les coutures. Statistiques, sociologie, politique, esthétique, tout y passe. Le moindre billetiste de la Revue blanche a droit à sa notice biographique. Les illustrations sont cataloguées, les collaborateurs fichés, les valeurs de la revue analysées en profondeur. C'est énorme, et c'est à rendre jaloux.
Par L'Ombre
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Jeudi 27 septembre 2007
Je possédais déjà la version de 1893 du premier volume des Reposoirs de la procession de Saint-Pol-Roux, mais pas la nouvelle version de 1901 dans son édition originale. C'est chose faite grâce à cet étrange exemplaire:

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La reliure arbore un effet boisé très original, et cela continue à l'intérieur:

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Par L'Ombre
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Mercredi 26 septembre 2007
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Le nouveau Histoires littéraires est arrivé dans ma boîte aux lettres, avec un superbe dossier Baudelaire que je recommande. Et je me suis procuré White Teeth de Zadie Smith, connue par The Autograph Man, suivi malgré des réserves dans On Beauty. Nous verrons. Quant au recueil de nouvelles du dessus de la pile, c'est le mini-pensum que mes étudiants devront lire cette année, où Graham Greene croise Roald Dahl...
Par L'Ombre
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