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Lus

Samedi 16 février 2008

Pas beaucoup de messages, pour cause de thésardite aigüe. C’est comme la fièvre quarte, cela vous prend par vague, lorsque l’angoisse du calendrier (ah oui, nous sommes déjà en février, plus que trois mois !) vous saute à la gorge comme un virus affamé. En mode Jarry, tout est Jarry. Vous mangez, vous respirez Jarry, comme dit l’adage. Le pouls dans vos veines épelle un nom connu entre tous : « J ».. « A ».. « R ».. (je vous épargne le reste du pouls, vous serez bien capable de devinez le mot, vous devez regardez souvent la roue de la fortune, non ? et il ne s’agit pas de « jarret », ni de « jardin »). Et lorsque, épuisé par les travaux érudits, je sombre dans un sommeil sirupeux comme du caramel liquide, le père Ubu me poursuit dans mes rêves et asticote mes neurones ; je me réveille en sursaut en hurlant « la chandelle verte ! » (mon médecin affirme que ce n’est pas grave). J’ai été décervelé.

Voilà c’que c’est qu’d’aller s’prom’ner l’dimanche
Ru’ d’l’Échaudé pour voir décerveler,
Marcher l’Pinc’-Porc ou bien l’Démanch’-Commanche,
On part vivant et l’on revient tudé.

Mais j'essaye de me soigner avec des infusions de littérature contemporaine – à doses homéopathiques, mais c'est déjà ça. Je m'étais fait une bonne décoction de Chevillard dernièrement, avec Sans l'orang-outan. Ça va me changer les idées, me disais-je, me délectant déjà de l’humour métaphysique qui caractérise notre auteur. Las ! 90 pages plus loin, je déchantais comme les matins chagrins du communisme (10 euros à qui comprend cette image). 90 pages de prose pessimiste à faire passer Schopenhauer pour un gai-luron. Voilà mon esprit plus dégonflé qu’un soufflé servi à Labevue (mais si, le personnage dépressif dans Gaston, vous savez!). Heureusement, le ton change, et mes papilles littéraires apprécient une collection de paysages apocalyptiques très inventifs (rien de très gai toujours, mais j’oubli un instant qui vous savez). Me vient alors un soupçon : Chevillard n'a-t-il pas cherché à parodier (sérieusement, comme tout bon parodiste) la veine anti-utopique qui sévit dans la littérature contemporaine depuis Houellebecq et sa Possibilité d’une île de triste mémoire (pas qu'il l'ait inventé, non, mais il a donné l'occasion à des éditeurs en mal de nouveautés d'accepter comme un grand genre ce qui était auparavant cantonné aux collections de science-fiction; du sous Volodine, en quelque sorte) et qui a fait éclore comme des pets-de-loups une série de romans à la dernière rentrée littéraire ? La question est posée. chevillard.jpg

Par L'Ombre
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Dimanche 3 février 2008

Vu, dans une librairie, cet ouvrage :

 

  nisard.jpg

 

Publié en 2003, on ne peut l’accuser de surfer sur la vague Démolir Nisard de Chevillard ; doit-on au contraire y voir l’origine de son pamphlet ? Sans sou en poche, je n’ai pu me le procurer pour savoir si le bonhomme méritait le flot d’injures qui s’était abattu sur lui. Heureusement ( ?), on peut lire le Manifeste contre la littérature facile sur gallica, avec d’autres essais ! En préface, Nisard avoue lui-même candidement : « c’est de ma faute si mon nom ne suffit pas pour recommander ce que j’écris » et critique son petit essai, dans un geste éculé de captatio benevolentiae : « le mal que je signalais était à la fois grave et séduisant, puisqu’il avait gagné jusqu’à la main qui prétendait le guérir » — mais cela ne l’empêche pas de s’arroger le titre d’inventeur de la locution « littérature facile ». Qu’est-ce, d’ailleurs, que cette littérature facile ? Nisard est lâche (« Je ne veux nommer personne »), mais le programme qu’il expose pourrait très bien, je trouve, être repris positivement par une école littéraire nouvelle : une littérature « qui note jusqu’aux moindres bruits du cerveau, jusqu’à ces demi-pensées, sans suite, sans lien, qui s’entrecroisent, se poussent, se chassent dans la boîte osseuse ; résultats tout physique d’une surexcitation cérébrale, que les uns se donnent avec du vin, les autres avec la fumée du tabac, quelques-uns avec le bruit de leur plume courant sur le papier ; éclairs, zigzags, comètes sans queue ». Nisard, anti-Rimbaud, anti-surréaliste par anticipation… Il est fort ! Mais j’imagine que c’est le Romantisme qui est ici visé.
Nisard mêle dans son essai géo-sociologie (« Le jour où une mode a pénétré en province, vous pouvez dire qu’elle est tombée à Paris »), morale (halte à l’érotisme dans le roman !), gender studies (« Les contes de femmes sont de pâles imitations des contes d’hommes. Chaque femme prend le genre d’un homme, copie ses tournures, répète ses phrases. ») ; il n’’empêche qu’il a du mal à refreiner ses fantasmes, qui surgissent sous sa plume sur un ton évidemment critique — mais qui me fera croire que cette jeune mère qui prend son amant sur son lit et renverse du pied le berceau de son enfant dans son extase, que cette actrice qui offre ses épaules nues pour écrire un drame, que ces honnêtes femmes kidnappées qui se livrent à leurs bourreaux, ne sont pas ses idéaux féminins ?

Par L'Ombre
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Lundi 7 janvier 2008
Dans sa colonne du New York Times, Stanley Fish (oui, l'auteur d'Is There a Text in this Class, dont je suis assez fan et qui démonte l'idée qu'un texte ait un sens unique sans tomber dans du Derrida) répond à un nouveau livre d'Anthony Kronman, Education’s End: Why Our Colleges and Universities Have Given Up on the Meaning of Life. Kronman défend passionnément l'enseignement des Lettres: selon lui, la lecture des chefs-d'oeuvres de l'humanité, des grands classiques, ferait de nous des hommes meilleurs, et nous inspirerait de hautes et nobles pensées. Comme le fait remarquer Stanley Fish, si tel était le cas, on trouverait les êtres les plus moraux, pleins d'abnégation et de gentillesse, dans les départements de Lettres des Universités - ce qui n'est évidemment pas vrai, comme tout étudiant de Lettres l'aura remarqué. Il n'y a aucun rôle pour l'enseignement des Lettres dans la société, selon Fish, qui a fait de la séparation des domaines académiques et politiques ou sociaux l'un de ses combats privilégiés.
Si je suis assez d'accord avec lui (étudier les Lettres sert avant tout à devenir prof de Lettres, sinon on perd pas mal de temps à se trouver une voie), j'ai quand même l'impression que l'étude de la littérature peut servir à améliorer l'esprit: en apprenant à décortiquer un texte, à analyser des arguments, à comprendre les mécanismes de la rhétorique, on peut espérer ne pas être dupe du genre de propagande qu'on nous sert en guise de messages politiques ces temps ci. propagande01.jpg
propagande02.jpg

Quelques résultats de la recherche /propagande/ sur google images; d'autres choses intéressantes à voir par vous-mêmes...
Par L'Ombre
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Dimanche 6 janvier 2008
Je ne viens pas de l'apprendre, non... C'est simplement le  titre d'un recueil de nouvelles publié par l'Association des amis du livre et de la Bibliothèque municipale de Laval à l'occasion du centenaire de la mort de l'auteur du Faustroll. Chaque récit devait débuter par cette phrase imposée.  Amateurs et écrivains professionnels se sont livrés au jeu. Au final, évidemment, quelque chose de très inégal, avec beaucoup de textes attendus, plats ou carrément illisibles; mais des nouvelles surnagent, comme celle de Nicolas Texier, "Albert Lebel", qui imagine un condisciple de Jarry inconnu des histoires littéraires. Cet Albert Lebel aurait volé le texte des Polonais avant qu'ils ne deviennent Ubu roi, et ce serait fait punir à la place de Jarry quand le manuscrit serait tombé entre les mains d'Hébert, le professeur de physique sur lequel est modelé Ubu. Je vous laisse découvrir la suite dans le texte même; il n'est malheureusement pas disponible sur le site des festivités du centenaire, qui ne donne que les pages des amateurs.

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Par L'Ombre
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Jeudi 3 janvier 2008

Une petite polémique pour débuter l’année ? Ces derniers mois, je n’ai évidemment pas tenu mes promesses, et la plupart des livres que j’ai lus ne sont pas apparus sur ces pages. Je pense par exemple à Do Androids Dream of Electric Sheeps de Philip K. Dick, que je lisais pour la première fois (la honte, soit dit en passant), et qui m’a laissé des impressions mitigées. J’ai déjà dit lors de la relecture de The Man in the High Castle mon incapacité à penser quoi que ce soit de profond à propos de cette prose qui reste envoutante, et qui force comme peu d’autre la lecture jusqu’au bout. Mais je me suis demandé, avec ces Androids, si cette soif de connaître la suite, si les questions philosophiques qui découlaient de la lecture de Dick, n’étaient pas des effets non prévus par leur auteur. Ou plutôt, s’il ne fallait pas rattacher l’envie de connaître la suite à un simple suspense facilement mis en place dans ce genre de romans, que l’on retrouve dans les séries américaines contemporaines comme Heroes, et si les questions philosophiques ne relèvent pas de ce que l’on pourrait définir comme l’éthique de Dick. Voilà la conclusion à laquelle je suis parvenu : PKD est un La Bruyère ou un La Rochefoucauld moderne ; il crée des histoires avec un nombre réduit de personnages, qui incarnent tous des types ou des notions assez simples ; l’intrigue est un affrontement de principes, un prétexte à pontifier. Dick n’est pas un philosophe, c’est un moraliste ; il utilise des situations de science-fiction pour faire passer un message finalement assez banal – du genre : la discrimination, c’est mal (les robots sont des hommes comme les autres…). Ses bouffées de mysticisme m’étonnent moins : au début de notre ère, il aurait pondu quelques Apocalypses, et de beaux apologues.

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Par L'Ombre
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Mercredi 10 octobre 2007

Il y a de drôles de coïncidences. Alors que je ressortais mon exemplaire des Œuvres d’Ephraïm Mikhaël, et m’apprêtais à en bloguer de manière fulgurante pour fêter dignement la 100e note de ce site en déterrant un presque oublié, je découvre que SPiRitus l’a déjà fait, et qu’il parle même de Jean Ajalbert et de Jules Mery… Mais loin de laisser mon clavier s’abattre, je glisserai simplement quelques notes sur ses poèmes en prose.
En lisant les textes de Mikhaël écrits entre 1885 et 1890, on comprend sa renommée précoce. Non par le talent de ces pièces, bien maîtrisées mais qui ne flamboient pas d’un éclat aveuglant pour des yeux inavertis ; mais par sa capacité à concentrer les thèmes de son époque en des contes d’une simplicité voulue. Peu de personnages hantent ses proses : de vieux sages, des princes, des maîtres et des disciples forment l’essentiel de son personnel très fin-de-siècle. Mikhaël les met en scène dans des situations qui semblent illustrer le Monde comme volonté et comme représentation : on découvre le néant de la poupée que l’on nomme femme ; on fait l’expérience de l’impossibilité de sortir de soi ; les dieux apparaissent comme notre image revêtue d’éternité ; la chasteté devient le symbole de la pureté spirituelle ; la communication entre humain se révèle impossible, et seuls les astres recèlent le sens idéal du monde.
En quelques pages, Mikhaël résume le système littéraire du symbolisme, fondé sur un idéalisme assez primaire qui fait de chaque esprit une monade fermée sur elle-même qui construit le monde à son image. Pygmalionisme, communion du sage dans le monde des Idées, pessimisme, tout y est. Un cas d’étude. Il est par conséquent très logique que la notice biographique qui présente en 1890 aux foules ignorantes ce poète mort trop jeune affirme « son absolue originalité » : l’originalité étant la marque de la littérarité symboliste, le plus absolument original est celui qui sait se faire semblable à tous.

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Par L'Ombre
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Mardi 2 octobre 2007
Qui est Nisard? On l'apprend suffisamment dans Démolir Nisard  pour que je m'abstienne de décrire ce falot personnage, cet écrivain de seconde zone;il suffit de savoir qu'il est assez détestable pour que Chevillard en fasse son punching ball de prédilection, et qu'il entreprenne dans ce livre de le faire disparaître de la surface de la planète. Question plus intéressante, que représente Nisard dans ce roman (si l'on peut appeler roman la forme particulière des écrits chevillardiens, qui tendent toujours davantage vers la collection de fragments, de poèmes en prose thématiquement liés - on imagine Chevillard prenant simultanément des notes dans plusieurs dossiers, puis choisissant de publier ceux qui forment un volume assez conséquent - ce qui lui a sans doute permis, dans le cas de Démolir Nisard, de décharger de temps en temps une plume bilieuse quand le besoin s'en faisait sentir)? Ce qu'il représente, disais-je avant cette parenthèse inopportune,c'est difficile à dire (vous voilà bien avancés). La médiocrité littéraire? Une cible en particulier? Une collection d'énergumènes qui énervèrent Chevillard? J'inclinerais à penser qu'il ne représente rien: ni abstraction, ni grand nom de la littérature actuelle; il n'est qu'un prétexte à démolition. On pense souvent à Bloy, autre "entrepreneur de démolitions", en lisant ce livre; mais Bloy s'imagine une mission, alors que Chevillard ne déverse son fiel que pour le plaisir de l'éreintage: il pratique le pamphlet par simple souci esthétique. Le style proétiforme de Chevillard, qui adore jouer de la plasticité des corps (relire Palafox pour s'en persuader) et de la langue pour dire ce qui n'a pas ou plus de contours définis, est mis à profit pour faire le portrait grouillant d'une créature flasque comme un amas de ver qui tremble sous les coups de pelle. On doit se sentir détendu d'écrire ce genre d'invectives, et chacun devrait se trouver un Nisard à accabler gratuitement d'injures.

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Par L'Ombre
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Mardi 25 septembre 2007
Le Scribe de Régis Debray et Méditations pascaliennes de Pierre Bourdieu : deux livres qui traitent à peu près du même sujet, les intellectuels – ou comment se développe dans une société une classe d’oisifs végétant dans une sphère temporelle préservée de l’inquiétude quotidienne. Pour Debray, l’essence du scribe est religieuse : il ne serait, dans toutes ses incarnations (secrétaire, professeur, conseiller…), qu’une variante du prêtre originel, détenteur d’un savoir gagné à la sueur du front des autres (ou comment l’esclavagisme permet la naissance d’une caste de penseurs qui n’ont rien d’autre à faire de la journée que, justement, de penser — rien de neuf depuis Aristote via Marx). L’argument est séduisant, et l’ouvrage assez convaincant dans ses premières pages ; mais rapidement les généralisations historiques fusent, les exemples s’empâtent autant que le style (pourtant qualifié de « superbe » en quatrième de couverture), le tout devient plus confus qu’une copie de philosophie d’obédience heideggérienne (si vous n’avez jamais lu ça, demandez à un prof de philo de vous en passer une). Pourquoi plaquer à tout pris la religion sur la totalité des fonctions intellectuelles ? Debray semble obnubilé par un paradoxe plaisant qu’il décide de justifier coûte que coûte.
Le livre de Bourdieu, malgré tout le mal que l’on peut dire de lui (et que les universitaires ne se privent pas de dire), est bien plus juste et mesuré, même si ses conclusions font mal à lire pour quiconque se croit libre de son choix de vie. Il analyse lui aussi le champ intellectuel comme une construction sociale permettant de se défaire des contingences quotidiennes, mais tout cela à un prix. Le prix d’une déformation de la vision, tout d’abord : la prétendue objectivité des savants n’est qu’une illusion entraînant des résultats parfois catastrophiques dans leurs analyses. Le prix d’une dépossession des corps et des esprits, ensuite : pour entrer dans un corps (professoral, administratif), il faut accepter d’abandonner se habitudes propres pour endosser celles du champ que l’on veut pénétrer. Son étude des étudiants en philosophie démontre que la totalité du cursus philosophique n’a d’autre fonction que de générer de nouveaux professeurs de philosophie, qui pourront à leur tour enseigner en lycée et en université à de futurs professeurs de philosophie, le corps philosophique se reproduisant lui-même presque indépendamment des individus qui le composent. Tout cela fonctionne évidemment pour toutes les professions détachées de l’urgence économique, et s’inscrire en fac de lettres sans vouloir devenir fonctionnaire relève du suicide social ; mais comme l’écrit Bourdieu, ce genre de choix est dicté par une multitude de contraintes intégrées aux façons mêmes de penser et de se mouvoir, et l’on ne peut guère blâmer des décisions qui sont prises davantage par la société que par les individus eux-mêmes.
On sait depuis un film que Bourdieu est un sportif de combat — Debray risque de sortir KO de l’opposition de leurs ouvrages (et notez la beauté fulgurante du visuel qui illustre ce propos).

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Par L'Ombre
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Lundi 24 septembre 2007
Tous les livres d’un auteur ne sont pas forcément des réussites. Je tiquais déjà à la lecture de Thérapie lorsque les personnages de Lodge rentraient dans des considérations psychanalytiques dignes des pages conseils d’un magazine féminin. Dans Pensées secrètes, la mise en scène d’un professeur de sciences cognitives mène l’auteur vers des considérations d’une rare absence de profondeur, suite de fiches de lecture mal dégrossies (les références sont d’ailleurs affichées à la fin de l’ouvrage, et j’imagine qu’en y cherchant un peu on trouverait des phrases inchangées entre les livres de vulgarisation et les élucubrations dudit professeur). La construction du roman est elle aussi un peu paresseuse : une opposition assez réductrice entre le scientifique et la lettrée, le positivisme et l’idéalisme, liée par une aventure sexuelle convenue. Malgré le didactisme de la chose, on n’en sort pas plus savant. Assommé, à la rigueur – ce qui peut servir de substitut aux somnifères.

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Par L'Ombre
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Dimanche 23 septembre 2007
Je me vois dans l’impossibilité de résumer ce livre – Raphaël Meltz nous avertit en quatrième de couverture que cela gâcherait tout : « il faut vraiment le lire dans l’ordre, bien sagement. Sans tricher. Sinon tout le mal que je me suis donné à monter une structure narrative élaborée deviendrait subitement inutile ». Même si l’on devine à peu près l’intrigue (l’évidence s’est fait jour p. 86 en ce qui me concerne) ; mais ce n’est pas une raison pour s’arrêter de lire, et tout le monde sait que l’on ne regarde pas la plupart des films pour leur dénouement convenu, mais pour la façon dont on y parvient — et le frisson d’avoir l’impression d’être parvenu à percer à jour l’auteur est bien souvent la principale émotion d’un roman. Remercions donc Raphaël Meltz de nous tendre ce piège à souris qui peut nous captiver quelque temps ; d’autant que la forme que prend ce récit n’est pas nécessairement celle qu’il désirait, il l’avoue lui-même : tout cela, c’est pour nous faire plaisir.
Le genre ? Une comédie sentimentale hollywoodienne métathéorique (ou quelque chose d’approchant). Le style ? Ironiquement familier, avec des agrammaticalités voulues, des parenthèses réflexives d’une fluidité étonnante quand on sait la lourdeur qui accompagne souvent ce procédé, des prétéritions récurrentes, des signes de ponctuation utilisés comme des éléments rythmiques et des liens syntaxiques minimaux (lisez, vous comprendrez ce que j’essaie péniblement de dire sans recours à des citations). Un livre à la fois très conscient de soi et au premier degré : on a sans cesse le sentiment d’assister à la création même du récit – ce qui demande évidemment beaucoup de travail et de retouches, la spontanéité étant la chose la plus fastidieuse à rendre par écrit (à moins que je ne parle que pour moi).
Et pour ne rien gâter, c’est hilarant.

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Par L'Ombre
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