Concordance

Publié le par L'Ombre

Il y a de drôles de coïncidences. Alors que je ressortais mon exemplaire des Œuvres d’Ephraïm Mikhaël, et m’apprêtais à en bloguer de manière fulgurante pour fêter dignement la 100e note de ce site en déterrant un presque oublié, je découvre que SPiRitus l’a déjà fait, et qu’il parle même de Jean Ajalbert et de Jules Mery… Mais loin de laisser mon clavier s’abattre, je glisserai simplement quelques notes sur ses poèmes en prose.
En lisant les textes de Mikhaël écrits entre 1885 et 1890, on comprend sa renommée précoce. Non par le talent de ces pièces, bien maîtrisées mais qui ne flamboient pas d’un éclat aveuglant pour des yeux inavertis ; mais par sa capacité à concentrer les thèmes de son époque en des contes d’une simplicité voulue. Peu de personnages hantent ses proses : de vieux sages, des princes, des maîtres et des disciples forment l’essentiel de son personnel très fin-de-siècle. Mikhaël les met en scène dans des situations qui semblent illustrer le Monde comme volonté et comme représentation : on découvre le néant de la poupée que l’on nomme femme ; on fait l’expérience de l’impossibilité de sortir de soi ; les dieux apparaissent comme notre image revêtue d’éternité ; la chasteté devient le symbole de la pureté spirituelle ; la communication entre humain se révèle impossible, et seuls les astres recèlent le sens idéal du monde.
En quelques pages, Mikhaël résume le système littéraire du symbolisme, fondé sur un idéalisme assez primaire qui fait de chaque esprit une monade fermée sur elle-même qui construit le monde à son image. Pygmalionisme, communion du sage dans le monde des Idées, pessimisme, tout y est. Un cas d’étude. Il est par conséquent très logique que la notice biographique qui présente en 1890 aux foules ignorantes ce poète mort trop jeune affirme « son absolue originalité » : l’originalité étant la marque de la littérarité symboliste, le plus absolument original est celui qui sait se faire semblable à tous.

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SPiRitus 11/10/2007 00:14

Les ombrageux esprits se rencontrent. La glose sur les poèmes en prose de Mikhaël est éclairante à souhait. Le doux Ephraïm fut une icone symboliste, de celle qu'on célébra pieusement et pour laquelle la génération de 1886, malmenée par des chevelus naturistes, construisit un poétique tombeau...