Quelques (mauvaises) BD

Week-end oblige, j’ai lu quelques bandes dessinées, tous styles confondus, pour reposer mes neurones de Jarry, de Gourmont et du symbolisme. Mais il est des bandes dessinées qui font bien plus mal aux neurones que la phrase la plus obscure de Mallarmé, sans gain esthétique en contrepartie.
Je pense d’abord à Croyez-en moi, la clef du pouvoir, de Yoann et Ravalec. La douleur est indicible. Disons pour aller vite que nous sommes sur un yacht, que Sarkozy et Royal font partie des personnages principaux, avec un Jésus hydrocéphale et un acteur jouant César, avec un hologramme de Mobutu, sans oublier Monica (celle du Monicagate) et son cigare sous verre. Le tout lié par le prétexte d’un séminaire pour former l’élite à la communication. C’est laid, c’est bête, racoleur, incohérent. Cela ne mérite pas tant d’espace sur ce blog.

Bébés congelés, chiens écrasés, suite de faits divers déformés par Catherine, Charb, Jul, Luz, Riss et Tignous, n’a pas grand intérêt non plus. Ce n’est pas très drôle ; c’est soit disant « grinçant », « provocateur », mais derrière ces images scatologiques, pédophobes et gérontophiles, on sent toujours une bonne vieille morale que le lecteur doit tirer de tout cela. Ce sont de grands naïfs, finalement, ces auteurs de BD.
Dans la série plus consensuelle des « voyages initiatiques pseudo-poétiques », Tchaï Masala de Cailleaux a tout ce qu’il faut : un dessin emprunté à Dupuy et Berberian, une intrigue vaguement mystérieuse menée paresseusement au hasard des rencontres, un décor exotique pour les petits Français ignorants que nous sommes. Ah, que le monde est vaste, quelle diversité culturelle, que de rencontres peut-on faire en sortant de chez soi ! Malheureusement, on emporte toujours sa vision étriquée avec soi. L’ennui guette le lecteur, je n’ai pas pu finir ce livre.

Une autre sorte d’ennui émane de My Way de Ji Di : celui de la poésie en bande dessinée. Les dessins sont très mignons, les couleurs sur ordinateur bien maîtrisées (mais très conventionnelles) ; mais trois idées de lycéennes font-elles un bon album ? Après les mauvais poèmes d’adolescents, nous voici coincés avec leurs mauvaises BD ; mais le marché de la BD n’est pas celui de la poésie, et elles sont édités internationalement ! Argh.
Dramanga, un manga américain d’une émigrée russe (Svetlana Chmakova), sur les conventions manga (un sacré mélange), n’est peut-être pas fin, mais ça a le mérite d’être drôle – comme souvent dès qu’on tombe dans le métadiscours parodique (ça c’est une phrase pédante, j’en suis assez fier).
Enfin xxxHolic tome 9, par le collectif Clamp. C’est pour les filles, mais c’est bien fait, et c’est tout ce que j’en dirai.