L’autotélisme dans la prose érotique contemporaine de langue française : un cas d’étude
Comme je l’affirmais au début de ce blog, je lis tout ce qui me tombe sous la main. Et sous la main m’est tombé récemment ce chef d’œuvre de la littérature érotique : Les Ondes du désir, d’Héléna Villovitch. Ce nom et ce titre ne vous diront rien, à moins évidemment que vous n’ayez acheté le magazine Elle de cette semaine, où le susdit ouvrage était offert dans le cadre des littératures de délassement corporel de l’été. La prose de l’auteur ne s’élève guère au dessus des clichés habituels de ce genre que l’on peut nommer la « littérature arlequin » :
Jason entreprit de m’enlever tous mes vêtements. À ce moment, tant la chose était plaisante, je regrettai de n’en pas porter davantage. C’est que, sous le chaud soleil d’un été sans fin, nous vivions à moitié nus sur l’île aux Flamants roses.Mais, car il y a évidemment un mais, ce début de roman est un début en trompe l’œil. Il ne s’agit que d’un essai de feuilleton érotique concocté par la narratrice, une certaine Anne-Claire, qui décrit ses déboires pour mettre au point un récit émoustillant destiné à une chaîne de radio. Les Ondes du désir est un roman érotique autoréflexif. Vous avez bien lu : les récits de l’été d’Elle deviennent métatextuels, et interrogent leur propre existence.
On assiste ainsi à des séances d’écriture où Anne-Claire cherche la meilleure formule pour enlever la culotte de son héroïne ; on pénètre les secrets de la création en la voyant recueillir les confidences de ses amis qu’elle retranscrit en les améliorant dans ses récits. Tout n’est pas encore au point, bien sûr : la démarcation trop voyante entre le style pseudo-littéraire des parties érotiques (au passé, avec force usage du subjonctif, d’adjectifs choisis, de métaphores) et le style Elle du récit principal (au présent, plein de d’jeunismes, ouais trop d’la balle et va-z-y que j’ai pas peur d’utiliser directement des mots vulgaires passque je suis une femme libérée) marque un manque de finesse évident. Mais d’ici quelques années, gageons que les fictions érotiques estivales n’auront plus rien à envier à la littérature la plus avant-gardiste. À quand un roman lettriste érotique ?